MOBILISEZ VOUS CONTRE CETTE INJUSTICE !!Ils n'ont pas long, une rue à traverser depuis leur lycée, pour se retrouver devant la Préfecture. Malgré la pluie et le froid, ils se sont déplacés en masse. Plusieurs centaines d'élèves, d'enseignants, de sympathisants de la cause des sans-papiers, venus soutenir leur camarade Julio. Pour mieux comprendre, un petit retour en arrière s'impose. Un aller simple lycée - CRA ? Mardi, Julio, jeune lycéen d'origine angolaise, participe avec sa classe à une sortie scolaire. Au retour, trois de ses camarades et lui-même, croisent des policiers de la PAF (Police aux frontières).
« Ils ont alors décidé de contrôler deux d'entre eux, explique l'une de leurs professeurs,
mais pas Julio. Lui est revenu pour attester de l'identité de deux autres garçons. » Ni une, ni deux, le jeune homme est à son tour sommé de présenter ses papiers. Aux vues du document, les policiers pensent que Julio ment sur son âge et le placent en garde à vue. Car si un mineur isolé, (c'est le cas de Julio, placé en foyer) d'origine étrangère, peut prétendre à la protection de notre pays, un majeur en revanche devient hors-la-loi s'il est sans papiers.
Censés « remédier » à ce dilemme majeur / mineur, en cas de doute sur la véracité des pièces d'identité : le test osseux.
« Julio a donc été emmené chez un médecin pour y subir un examen de pilosité, un autre des organes génitaux et un troisième des os, raconte un second professeur.
Vous imaginez comme ça a dû être humiliant pour lui ? » Cette inspection plus qu'intime intervenue de manière si incongrue, semble en effet pour le moins déroutante...
Rapidement, les tests concluent que Julio serait bel et bien majeur. Le lendemain, mercredi, le Préfet porte à son encontre un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière, avant de placer le jeune lycéen au centre de rétention de Saint-Jacques. Hier, enfin, malgré la mobilisation, le juge des Libertés et de la Détention entérine la décision : Julio sera maintenu quinze jours au CRA, «
le temps que le Préfecture organise son expulsion. »
Quand la médecine met son nez dans les paperasseries administratives... Une expulsion basée, donc, sur ces fameux examens médicaux, parmi lesquels le très controversé test osseux, censé déterminer l'âge d'un individu à partir du développement de ses os. Il y a quelques temps, maître Mélanie Le Verger, avocate rennaise spécialisée dans la défense des sans-papiers, nous expliquait le côté très « aléatoire » de ce genre d'examens. «
Ces tests sont basés sur des études réalisées au début du siècle dernier et uniquement sur une population blanche. »
«
Or, poursuit un enseignant en philosophie de Victor et Hélène Basch,
on sait que les morphotypes sont différents selon les régions du monde. Et jamais ces données, datant des années 30 et 50, n'ont été remises à niveau. » En juin 2005, d'ailleurs, le Comité consultatif national d'éthique, avait soulevé, concernant ces tests, la part importante d'imprécisions [...], encore plus grande entre 15 et 20 ans. Autrement dit à l'âge où les tests sont le plus souvent pratiqués.
Les deux pieds dedans Aujourd'hui donc, ils étaient plusieurs centaines à attendre, sous la pluie, qu'une délégation soit reçue par le Préfet, nouvelle tentative pour le convaincre de revoir sa copie. Des enseignants et des élèves «
entrés les deux pieds dedans et de manière très concrète dans la vie, analyse un professeur.
Je n'ai jamais vu une mobilisation aussi rapide dans toute ma carrière, et elle venait de ces jeunes. En à peine trois heures ils se sont organisés quand ils ont appris la nouvelle. » Les élèves, eux, estiment que cet événement ne fait que conforter une conscience déjà bien présente qu'ils avaient de la politique d'immigration en France. «
Depuis l'élection de Sarko ça se voit, on en a beaucoup entendu parler pendant les Présidentielles de 2007 », explique Baptiste.
Également présents quelques politiques, à l'image de Nicole Kiil-Nielsen, des Verts, ou de Raymond Madec, tête de liste pour Lutte Ouvrière. Karim Boudjema, lui, s'est manifesté à travers un communiqué contre cette expulsion, conséquence directe de la politique menée par le gouvernement qui le soutient. «
L'application des textes ne doit pas interdire qu'elle se fasse aussi avec discernement et humanité. [...] J'apporte ma voix à celles qui demandent au Préfet d'examiner avec la plus grande bienveillance le cas de ce garçon. »
Une délégation, ce midi, a bel et bien été reçue par le chef de cabinet du Préfet, mais aucune réponse n'a été apportée. Julio, lui, a fait appel de cette décision de reconduite à la frontière. Il sera présenté lundi, à 11h30, devant le tribunal administratif, qui scellera ou non, la décision d'expulsion prise par le Préfet.
Sabrina KHENFER
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iciJULIO EST LIBERE !